La digitalisation des grèves : sous les pavés numériques, la plage !

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Mai 1968, la France connait la grève générale la plus massive de son histoire. 50 ans après, son ampleur aurait-elle été plus importante avec l’appui d’internet et des réseaux sociaux ?

La France, qui a fait de la grève sa spécialité aux yeux des Français et au-delà du monde entier, voit l’évolution de sa société osciller au gré d’affrontements symboliques, là où nos partenaires britanniques privilégient une « société de contrat » et nos partenaires allemands une « société de cogestion ».

A l’heure où le web se révèle être plus que jamais une caisse de résonance de la contestation sociale, faut-il encore battre le pavé pour se faire entendre et mobiliser l’opinion publique ? Si le terrain de la grogne se situe toujours uniquement dans la rue, les banderoles ne laisseraient-elles pas aujourd’hui leur place aux hashtags, les porte-voix aux smartphones ?

Front virtuel

L’issue et l’efficacité d’un conflit social se jouent le plus souvent dans le soutien à la cause revendiquée par les grévistes. Pour être effective, la grève repose ainsi à la fois sur l’union et l’adhésion du plus grand nombre pour accentuer et donner du crédit aux revendications. A cette fin, les outils digitaux permettent désormais de planifier, de coordonner et d’animer les initiatives, parfois au-delà des militants et syndicats conventionnels. Il s’agit de faire entendre sa voix en investissant un nouveau « front virtuel ».

Ce front devient le nouveau champ de bataille des idées où la guerre de l’information fait rage. On y présente des arguments, des témoignages, des vidéos afin d’expliquer et de tenter de légitimer le débrayage auprès des salariés ou des usagers. Les prosélytes reprennent à leurs comptes ces canaux et tentent d’occuper l’espace argumentaire. Certains iront même jusqu’à mettre en place des techniques d’astroturfing pour simuler un engouement citoyen et ancrer leurs publications dans les « trends ».

Les organisations syndicales n’ont en effet plus le monopole de la mise en oeuvre d’une grève. Internet offre cette possibilité de bousculer les hiérarchies. Un internaute, syndiqué ou non, peut désormais être à la source de l’initiative. Le digital devient alors une formidable machine à créer des liens, connecter des individualités, unir des personnes isolées et créer un espace pour les voix marginalisées, mais ce, au risque de s’exposer davantage publiquement.

Art 3

En plus de venir prêter main forte aux grévistes, Internet permet également aux personnes ne soutenant pas le débrayage de venir s’exprimer, se rassembler et se faire entendre. Cette entité, autrefois plus éparse face aux mouvements de grève, semble acquérir un moyen de convergence dans une logique de contre-manifestation. Les hashtags des manifestants font désormais face à ceux qui témoignent de leur désapprobation. #SansMoiJeudi #JeNeSoutiensPasLaGrève

Au-delà de l’aspect moral, s’agissant de la collecte de dons, flashcodes et plateformes participatives viennent désormais offrir un second souffle aux traditionnelles « caisses de grève ». Dernièrement, ce moyen a permis de constituer une cagnotte participative de plus de 1 000 000€ (+28 000 participants), là où le syndicat SUD Rail a dépassé les 80 000€ (+1500 participants).

VDS

Si tu es révolutionnaire, thumbs up!

Mais où est la limite entre relayer et s’investir ? Retweeter et agir ? Suivre une manifestation en live sur Periscope fait-elle de nous un manifestant ? Le fait de partager une opinion ou un tweet engagé est-elle une forme d’engagement ? Le « clicktivism » – parfois appelé « slacktivism » – a pris le pas avec l’avènement des réseaux sociaux. Apparenté au militantisme de canapé dans sa dimension péjorative, il suscite un questionnement sur son impact réel de ses militants 2.0 dans la société. Est-ce un soutien ou une dévalorisation de la lutte ? Si les gens cliquent, mais ne se mobilisent plus, ce « lazy acktivism » vient dégrossir les rangs des manifestants. Cette bonne conscience au rabais qui consiste à cliquer pour participer à un mouvement collectif virtuel, signer une pétition ou changer sa photo de profil, semble avoir des effets antagonistes.

Positivement, il constitue un pied-dans-la-porte pour un investissement futur.

There is a body of social psychology research that shows getting people to do something small gets your foot-in-the-door, even if the very action is meaningless” – John Monterosso

Négativement, lorsqu’un individu a participé à un acte positif, il peut penser que cela lui donne le droit de ne pas poursuivre ses efforts, qu’il a déjà ajouté sa pierre à l’édifice.

In social psychology, this concept is called the moral licensing effect. In this case, it’s possible that by asking someone to do a meaningless task, they will later feel as if they already fulfilled their duty and are less likely to do the real work.” – John Monterosso

Au-delà des hashtags

La rue serait au hard power ce que la sphère digitale serait au soft power. A l’aune de ce constat, il n’apparait pas opportun de privilégier l’un face à l’autre, d’opposer les « anciens » et les « modernes », mais plutôt de mettre en œuvre un « smart power » conjuguant cette fois-ci les forces URL (unreal life) et IRL (in real life). Les initiatives digitales, qui ont eu une influence positive sur des événements réels, ont été celles où le taux d’engagement fut élevé entre internautes et manifestants.

Incontestablement, le numérique est un accélérateur et son pouvoir permet une expansion inédite des revendications et des actions. Néanmoins, entre militants ressentis et militants réels, les citoyens et politiques ne semblent se souvenir que des seconds.

Dans sa publication au New-Yorker, Why The Revolution Will Not Be TweetedMalcolm Gladwell réaffirme l’importance de l’engagement réel sur le virtuel, de même que la discipline et la stratégie.

“If Martin Luther King had tried to do a wiki-boycott in Montgomery, he would have been steamrolled by the white power structure” – Malcolm Gladwell.

Pour paraphraser Michel Audiard, il semble ainsi peu probable que les [tweetos] diplomates prennent intégralement le pas sur les hommes d’action.

PV

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